L’égoïsme des gênes

L’égoïsme des gênes

7 octobre 2019 0 By Dom Bél4nd

L’amour « durable » est une chose qu’on doit décider d’expérimenter. L’amour monogame à vie n’a rien de naturel —pas même pour les femmes, et encore moins pour les hommes. Mais tel est le meilleur compromis afin de se reproduire : Un investissement parental Mâle envers une seule femelle qui s’abstient de tout écart sexuel.

Mais qu’en est-il de la survie des gènes? Car a bien y penser, si un gène stimule son porteur à adopter un comportement favorisant la survie ou la reproduction d’autres porteurs du même gène, alors il peut se développer, même si l’avenir de son propre porteur s’en trouve compromis.

L’exemple du tamia est manifeste. À la vue d’un prédateur, il se dresse sur ses pattes et lance un cri d’alarme attirant ainsi l’attention du prédateur vers lui, loin des autres tamias, et d’en mourir même s’il n’a pas de petits.

 

tamia

Ceci est un exemple. La sélection parentale va encore plus loin.   Elle a permis à la reine fourmi de générer des outils nécessaires à la survie de sa colonie en introduisant des mutations à sa progéniture. Des castes entières de fourmis sont sans descendance : des fourmis garde du corps ou garde-manger par exemple.

En somme, la sélection parentale s’applique à la famille — son entraide ou son altruisme.– Les gènes choisis par cette sélection sont en bonne partie ceux qui amènent à la sympathie, à l’empathie, à la compassion : des gènes de l’amour quoi!

Dans l’environnement ancestral, même s’il les hommes ne pouvaient pas savoir avec certitude qui étaient leurs enfants, ils pouvaient par contre connaître avec certitudes qui étaient leurs frère et sœurs; ainsi l’amour a pu se glisser dans leur psychisme grâce à la sélection parentale.

Les gènes qui provoquent la survie et la reproduction de leurs propres répliques sont des gènes qui gagnent. Que les gènes s’y prennent de quelque façon que ce soit, ils le font par égoïsme de leur point de vue, même si, au niveau de l’organisme, tout a l’air totalement altruiste.

Le meilleur altruisme se trouve chez les moisissures cellulaires. Comme les cellules en questions se reproduisent de façon asexuée, chez elle, toutes sont jumelles. Du point de vue du gène, il n’existe pas de différence entre le sort de sa propre cellule et celui de sa voisine. Il n’est donc pas surprenant que de nombreuses moisissures cellulaires ne se reproduisent pas et se consacre à la protection de leurs compagnes fertiles. Le bien-être de leurs voisines, en termes d’évolution, est identique au leur. C’est cela, l’altruisme.

Évidement, nous ne sommes pas complètement jumeaux vous et moi, c’est pourquoi l’altruisme n’est pas complètement égal entre nous.  Cela s’observe vraiment entre parent et enfant. Chaque enfant devrait théoriquement se considérer comme ayant deux fois plus de valeur que son frère ou sa sœur, tandis que le père ou la mère, ayant le même lien de parenté avec les deux, leur attribue la même valeur. Pour les mammifères, il arrive un moment où les récompenses nutritives de la tétée seront assez faibles, pour que l’intérêt génétique favorise la croissance d’un autre petit.

La théorie de la sélection naturelle implique donc que le conflit du sevrage fasse partie intégrante de la vie des mammifères. Dans cette bataille pour les ressources, attendons-nous à voir les enfants user de toutes les armes dont ils disposent, y compris la mauvaise foi; comme exagérer les sacrifices déjà fait, enjoliver leurs besoins ou exagérer la cruauté et l’injustice des parents à leurs égards.

La personnalité et la conscience de l’enfant se forment dans l’arène des conflits.[1] En d’autres termes, étant donnée que le manque et l’adversité se présentent assez tôt dans nos vies, et que la mauvaise foi de nos stratagèmes fonctionne assez bien sur nos parents, il est alors évident de voir la malhonnêteté s’inscrire dans nos comportements. Tant qu’on y gagne, aucune raison de changer de stratégie.

Une des autres conséquences de cette sélection parentale est le favoritisme des garçons ou des filles selon la situation familiale. Par exemple, les mères des rats de Floride, lorsqu’elles ont du mal à se nourrir, empêchent leur fils de téter et les laissent même mourir de faim, tandis qu’elles continuent de nourrir leurs filles. Chez d’autres espèces, même la proportion de naissances mâles et femelles en est affectée; les mères bénéficiant de conditions favorables auront plutôt des garçons et les mères moins avantagées plutôt des filles.

La raison est assez facile à expliquer. Lorsqu’on est pauvre, avoir une fille est plus avantageux car elle pourrait trouver un homme avec une meilleure situation sociale. Son attirance vers un meilleur parti est naturel, et si elle est moindrement belle, un homme se fou de sa situation économique. Pour une famille riche, il est préférable d’investir dans un garçon car le patrimoine familial peut être utilisé pour avoir une progéniture nombreuse.

 

gendre choice

Amitié, antipathie, agression moralisatrice, gratitude, sympathie, confiance, suspicion, loyauté et certaines formes de culpabilité, de malhonnêteté et d’hypocrisie peuvent s’expliquer comme des adaptations majeures servant à réguler le mécanisme de l’altruisme.


[1] Social Evolution, p 163, Robert Trivers

 


 

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