La nature de notre corruption

La nature de notre corruption

17 septembre 2019 0 By Dom Bél4nd

Le fait que nous ayons la capacité à exploiter nos semblables, et que ceci se révèle parfois payant, semble indiquer qu’il y a dû avoir au cours de notre évolution, des périodes où être bon envers les autres n’était pas la meilleur stratégie reproductive. D’où la valeur adaptative d’une conscience malléable. — Robert Wright, L’Animal Moral

 

Pourquoi voit-on autant de corruption dans les hautes sphères sociales  : politiciens, représentant syndicaux, firme d’ingénieurs, juges, etc?

 

corruption

Comment se fait-il que, pour les gens qui se nourrissent de tricheries, le poids de leur conscience ne semble pas les importuner? Du moins, pas jusqu’au dévoilement de leurs manigances? Pourquoi est-il si difficile de faire la lumière sur ces comportements alors qu’une dose raisonnable de bonne volonté ( ou de bonne conscience) pourrait nous éviter de tomber dans les subterfuges dès le départ?

Normalement, une personne représentant l’intérêt publique devrait se sentir investi d’altruisme, prêt à se sacrifier pour rendre service à ceux qui lui ont délégué le pouvoir. Du moins, c’est ce qu’on se dit.

Or, rien de cela n’est vrai.

Cette propension que nous avons à imputer nos succès à notre talent, mais nos échecs aux circonstances, a été démontrée en laboratoire et est de toute façon tout a fait évidente.[1]

Si c’est bien le cas, on pourrait très bien se voir imputer le succès des autres aux circonstances, et les échecs à leurs incompétence.[2] La possibilité existe, et si on est capable de convaincre suffisamment de gens, l’effet peut très bien nous aider à prospérer. En fait, cette tendance est ancrée dans notre ADN.

Ce genre de comportements, suivi de déclenchement d’hormones, améliorent directement les chances de survie et de reproduction. Ces traits génétiques sont aussi très anciens, car même après l’avènement du langage, le comportement n’avait aucune raison de tomber sous le contrôle de la conscience. La sélection naturelle a choisi le trait d’une conscience malléable chez ses sujets humains afin de pouvoir multiplier son espèce. La personne vivant confortablement dans le profit de ses tromperies, trahison ou manigances, se voit être un modèle supérieur car elle est capable d’une meilleure adaptation aux circonstances.

Choqué

 

C’est dur à avaler, je sais.

Mais plus on l’accepte, mieux on est outillé à faire face au monde, bien qu’il soit aussi crédible que nos opinions biaisées et notre sale amour-propre.

 


 

 

Animal MoralL’Animal Moral de Robert Wright fait la compilation des concepts clés de la théorie de la sélection naturelle et en fait une synthèse assez convaincante. Partant des raisons de nos stratégies sexuelles, il couvre l’aspect de toute une vie, soit celle de Darwin, pour expliquer ce qui nous pousse à adopter certains choix plutôt que d’autre, jusque dans les sphères de la moralité et du devoir. On s’aperçoit que l’intérêt de la sélection naturelle n’est jamais bien loin derrière. En fait, elle est loin devant!

“On imagine mal une autre force évolutionniste unique et simple, capable de rendre compte de façon vraisemblable d’affects aussi divers que la sympathie, l’aversion, l’amitié. l’inimité, la gratitude, le lancinant sens du devoir, la sensibilité à la trahison, etc..”

Et bien je vous propose un condensé de ce livre sur les concepts de la sélection naturelle et de ses conséquences.

Commençons tout d’abord par la source de notre existence, soit le pouvoir de se reproduire.

 

Le sperme est abondant, l’ovule est une ressource rare.

Le premier peut être gaspillé ici et là, le deuxième doit être préservé du mieux qu’il peut. Cela représente des stratégies reproductives diamétralement opposées. Pour l’homme, son efficacité réside dans la quantité de bébés qu’il peut produire, alors que celle de la femme réside dans la qualité du choix du partenaire.   Du moins, ce devrait être des pulsions qui habitent respectivement les sexes.

La sélection naturelle encourage un appétit sexuel sans borne chez les mâles et une judicieuse réserve chez les femelles. Elle exerce aussi son influence dans l’attirance sexuelle par le truchement de clefs émotionnelles qui connectent ou déconnectent nos sentiments, comme la première attirance, la passion dévorante, ou le coup de foudre.

Lorsque le mâle fait la cour, il fait de la publicité. Et il a tout intérêt à se prétendre exceptionnellement exceptionnel, même si c’est faux. La femelle a donc tout intérêt à détecter la publicité mensongère.

 

 

[1] Effects of Self esteem, perceived performance and choice on causal attributions. Gordon Fitsch 1970 pp 311-315

[2] On the Evolution of Self-Knowledge and Self-Deception. Krebs, Denton, Higgins 1988 p 115-116

 

 


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